Journée de l’Enfant

(Publié par El Quinto Patio le lundi 1 octobre, Prensa Libre)


La matinée de lundi s’est éveillée sous de beaux auspices. C’était la Journée de l’Enfant. Une fête destinée à rendre hommage à l’Enfant, à ce contingent de nouveaux êtres venus au monde dans des contextes différents, mais avec un imposant héritage : nos rêves, et la responsabilité de garder le cap du développement et de construire une société meilleure. Belle prose, n’est-ce pas ?

Mais hélas ce ne sont que des mots. La réalité est que les enfants guatémaltèques héritent d’injustices, d’iniquités et de violence. Ils sont tellement dépourvus de défenses que même l’appareil bureaucratique – si bien muni de moyens pour enrichir ses fonctionnaires, un gouvernement après l’autre – ne saurait tenir compte des besoins et des angoisses des enfants.

Dans le Guatemala de toujours, le viol des filles de tout âge a été une tradition renforcée par un machisme sans pitié, sous couvert de la misère de la grande majorité qui n’a pas les moyens de recourir à la justice. Un exemple : « Dans la propriété cotonnière La Pangola, l’administrateur avait l’habitude de violer les filles de ses employés. Il les voulait de sept à quatorze ans, pour les déflorer. Il les gardait dix jours dans sa cabane et puis les livrait à son chauffeur pour qu’il en use pendant quatre jours. Elles étaient ensuite renvoyées chez elles. Il en a été ainsi pendant des décennies. L’ouvrière qui accouchait savait déjà que lorsque sa fille atteindrait ses sept ans, elle serait remise au patron, un vieux vicieux qui se faisait appeler “el ladino de Zacapa” (ladino, mot qui désigne l’homme d’origine ou d’apparence européenne). Il les aimait avec des vêtements à peine cousus afin de pouvoir les leur arracher facilement et les voulait vierges car les pleurs des enfants l’excitaient. Une réalité parmi tant d’autres d’abus non commis par des militaires mais qui n’en sont pas moins eux aussi des crimes contre l’humanité.» (Commentaire de Ilka Oliva).


Il n’y a pas que dans le monde rural que de tels crimes se produisent. Les institutions de l’Etat contribuent avec leur silence complice à détruire la vie de filles et de garçons en leur refusant leur soutien et leur protection. Le fait que l’alerte Alba-Kenneth ne soit pas appliquée de manière efficace par le Procureur Général de la Nation, qui est l’entité chargée par ordonnance constitutionnel de la protection de l’enfance, est un exemple de la corruption et de l’inefficacité qui ont atteint l’appareil de l’Etat. Et la justice ne fait pas mieux : des 980 plaintes déposées pour maltraitance à l’enfant, seulement 19 ont abouti à une condamnation.  

Les coupables de ces crimes se savent protégés par la très grande probabilité de ne pas avoir à en payer le prix. Ce sont des pères et des mères dont la vie a été aussi marquée par la violence et reproduisent le même schéma contres les plus vulnérables : leurs enfants. Ils sont aussi des hommes convaincus que violer un enfant, garçon ou fille, ou à un(e) adolescent(e) est leur droit naturel et aussi un exercice de pouvoir. N’imposant ni des limites ni des punitions, la société leur reconnaît tacitement ce pouvoir comme étant légitime.

Il n’est pas possible de permettre aux autorités de justifier cette inconcevable agression à l’enfance et à l’adolescence au nom du sous-développement et de la marginalité. L’Etat a l’obligation de protéger l’enfance et la jeunesse. En leur refusant son soutien l’Etat viole des dispositions constitutionnelles et des traités internationaux, perdant ainsi toute autorité morale et juridique. Mais cela, nous le savons tous. La question qui se pose donc est : sommes nous concernés ?

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